Chronique historique

Vous rappelez-vous de l’année 1943 à Très-Saint-Rédempteur? Et en particulier de la date du 15 juin 1943?

C’était le mariage de Melle Pauline Quesnel avec M. Guy Sabourin.

Transportez-vous 70 ans en arrière. Depuis quelques années, la vie au village était très difficile. La guerre en Europe était féroce et demandait des sacrifices de tout le monde. Le gouvernement distribuait des coupons pour les produits essentiels de la vie : les oeufs, la viande, le sucre, l’essence, les pneus. «Il pleuvait tout le temps, on appelait ça les années de la disette», se rappelle Mme Sabourin.

«On dit que quand il pleut beaucoup, la mariée pleure… eh bien, j’ai pleuré».

«Quand on m’a amené à l’église, l’automobile s’est approchée jusqu’au perron de l’église parce qu’il y avait trop d’eau et de forte pluie pour marcher. Le déluge était tellement extrême que je suis restée dans l’automobile jusqu’à ce que ça se calme. Le marié m’attendait dans l’église. Quand on est revenu à la maison après la cérémonie, c’était la même chose. Heureusement, la pluie s’est arrêtée quelques minutes pour les photos».

«La pluie a continué pendant les noces et l’eau a continué à monter. Le pont de la laiterie s’est levé, est parti avec le courant et s’est mâté sur le pont du chemin en avant de chez Rachel Quesnel. L’eau a pris le chemin, les fossés ont débordé, c’était une vraie rivière. C’est cela la grosse debâcle. L’eau du ruisseau qui passait tout près de la laiterie et de la maison provenait de la montagne de Rigaud.»

«La cave s’est remplie d’eau et la nourriture qui était là est montée au plafond. La rue est devenue un torrent. Les chaudières, les cuves et les barils ont été jetés à terre par le vent et emportés jusqu’au village. Les hommes ont été obligés de ramener les Enfants de Marie chez eux. Roméo Chevrier a roulé son pantalon jusqu’aux genoux et a porté les filles sur son dos. Gaétan Sabourin a dû couper sa belle cravate neuve, incapable de défaire le noeud tellement celui-ci était détrempé.»

«Ça ne s’était jamais vu ici et ne se reverra probablement plus jamais».

«Quand est venu le temps de partir en voyage de noces, je pleurais de laisser ma mère seule à la maison. Nous sommes allés à Québec pour notre voyage de noce avec un autre couple, Claire Leblanc et Jean-Paul Lavigne, qui s’était marié la veille. La seule façon de réaliser notre voyage était de partager les coupons pour le gaz et les pneus avec d’autres».

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